Cela fait près de 30 ans que jhabite à Ganshoren, j’ai vu évoluer notre commune comme beaucoup d’autres habitants. A cet égard, peu d’investissements ont eu lieu que ce soit en termes d’infrastructures scolaires, de mobilité ou encore d’aménagements de quartiers alors que les besoins sont aujourd’hui criants. A qui la faute ? Je pointe 3 grands responsables : certains représentants communaux, les autorités régionales et un manque de compétences/formations des élus.

1. REPRÉSENTANTS COMMUNAUX, QUELLE REPRÉSENTATION ?

On pourrait accuser certains représentants communaux de ne pas avoir mené à bien une série d’investissements structurels nécessaires au vue de l’évolution socio-démographique de la commune. Sur ce point, il convient de rappeler que le budget communal ne permet pas toujours des investissements lourds dune part mais surtout que la commune est, comme 9 autres communes bruxelloises, sous la tutelle financière de la Région bruxelloise dautre part.

Cependant, on peut largement s’interroger sur le lobby mené ou non par les représentants de la commune auprès de la Région bruxelloise afin de plaider sa cause sur un certain nombre de dossiers importants. A cet égard, certains élus de notre commune auraient pu jouer un rôle que ce soit en termes dobtention de contrats de quartiers, de subsides ou daides du SPRB dans la construction de logements destinés à la classe moyenne. Résultats ? Pas grand chose. Car oui, le Parlement bruxellois, avec ses 89 députés, est aussi un lieu où les municipalistes peuvent faire entendre leur voix, leur réalité, dans un certain nombre de grands dossiers que ce soit en matière de mobilité, denvironnement ou daménagements et ce, notamment au travers dinterventions et de questions parlementaires. A cet égard, je ne peux m’empêcher de citer Hanna Fenichel Pitkin, philosophe politique, professeur émérite à Berkeley:

« Habituellement, le représentant est à la fois un plaideur et un juge, un agent de sa localité autant quun gouvernant de la nation. Son devoir est de chercher à réaliser à la fois lintérêt local et lintérêt national, le premier parce quil est un représentant, le second parce que son travail en tant que représentant est de gouverner la nation. » PITKIN H-F. et HAYAT S., « La représentation politique », Raisons politiques, 2013 n°50, p. 35-51.

Mais quont fait nos représentants ganshorenois qui siègent également au Parlement bruxellois ? Certains sont députés depuis 1995 et ont posé 79 questions parlementaires depuis 1995 soit une moyenne 3,4 questions par an ! Les questions qui pointent les problématiques et réalités ganshorenoises qui reflètent par ailleurs souvent dautres réalités du Nord-Ouest de Bruxelles se comptent sur les doigts dune main pour nos représentants locauxLobjectif nest pas de faire un procès dintention ad-personam mais de pointer une réalité chiffrée qui met en exergue le manque de représentation des problématiques ganshorenoises au sein dun hémicycle composé dun gouvernement qui gère près de 4 milliards deuros alors que la commune frise un budget de 30 millions deuros. L’objectif de cette démonstration nest pas non plus de plaidepour une forme de sous-localisme au sein d’un parlement qui représente 1,2 millions d’individus. Mais tout de même, comme le dit si bien Jean-Marie Denquin, Docteur en Droit à l’Université de Paris X-Nanterre :

« Un territoire, même peu peuplé, mérite davoir des avocats, car il a, ou plus exactement on peut lui prêter, des intérêts : ne pas être dévasté par lindustrialisation ou le tourisme de masse, ne pas voir ses montagnes scalpées pour exploiter leurs matières premières, sa faune et sa flore massacrées. » DENQUIN J.M., (2010), « Pour en finir avec la crise de la représentation » in Jus Politicum, n° 4, http://juspoliticum.com/article/Pour-en-finir-avec-la-crise-de-la-representation-215.html, p.9

2. AUTORITÉS RÉGIONALES: GANSHOREN, C’EST À BRUXELLES ?

Cela étant dit, on pourrait accuser les autorités régionales qui, pendant des années, volontairement ou non, n’ont pas voulu investir dans cette partie de la Région bruxelloise. Pire, aucun projet nest prévu sur le territoire ganshorenois à lhorizon 2040 dans le cadre du Projet Régional de Développement Durable. Pour mémoire, le dernier grand projet régional à Ganshoren date du milieu des années 90 où Eric André (PRL), a décidé de réaménager les abords de lavenue Charles-Quint ! Pour le reste, pas de projet de métro, ni d’infrastructures scolaires et peu de visions pour notre commune.

En matière de mobilité, par exemple, cela fait depuis 2001 que lon parle dune prolongation du tunnel Léopold II sous lavenue Charles-Quint et depuis 1976 dune prolongation du métro de Simonis vers Grand-Bigard ! Aucun de ces projets ne sont réalisés, pire ils sont repris dans les futurs plans de la Région bruxelloise après 2040. Autre exemple édifiant, en ce qui concerne l’élargissement du Ring, notre commune n’a malheureusement jamais été associée aux discussions alors qu’elle sera largement impactée par le projet de la Région flamande.

Plus proche de nous, il y a l’exemple des travaux liés au chantier du tram 9 qui engendrent des nuisances pour les commerçants. La Région bruxelloise a décidé d’indemniser les commerçants jettois situés sur l’avenue de Jette mais pas les commerçants ganshorenois situés sur la même avenue. Il y a de quoi s’interroger sur la différence de traitement engendrée par cette décision complètement arbitraire de la Région bruxelloise.

3. MÉDIOCRATIE ET INCOMPÉTENCE ?

Les élus locaux, comme les habitants, ne sont pas toujours outillés ou informés pour comprendre et agir efficacement dans lenvironnement institutionnel belge (les Parlements, les Ordonnances, les Circulaires, Décrets, Lois etc.).  Il nest pas question ici d’être bardé de diplômes  pour gérer une commune mais il y a, à mon sens, un minimum de prérequis: avoir la capacité d’analyser un budget, connaitre les grands axes de la Nouvelle Loi Communale, connaitre les bases de la Loi sur les marchés publics et parler, lire, écrire correctement une des trois langues nationales. Non, cette petite liste nest pas un acquis de tous les élus et certains argueront que cest à ladministration et aux services de se préoccuper de ces aspects. Ce à quoi je m’oppose car on se dirigerait vers une forme de technocratie où le politique ne ferait qu’acter des orientations au lieu de les insuffler. Oui, à titre personnel, je souhaiterais que tous les élus suivent une formation obligatoire.

Un cas concret ?

Selon une étude concernant le manque de places dans les écoles secondaires bruxelloises commandée par la Fédération Wallonie-Bruxelles, les communes les plus touchées par le manque de places dans les écoles seront celles du Nord-Ouest. Ainsi, il manquera, en 2022, 470 places à Jette, 167 à Molenbeek, 182 à Ganshoren ou encore 205 à Koekelberg.

Le 29 juin 2017 dernier, en séance du conseil communal, j’interpellais une membre du collège échevinal afin de savoir si elle avait entrepris les démarches nécessaires afin de répondre à la Circulaire 6156 du 27 avril 2017 relative à l’appel à projets pour la création de nouvelles places dans les zones ou parties de zones en tension démographique. Notre commune répond largement aux critères et aurait pu obtenir une partie du subside (20 millions d’euros). La réponse qui m’a été donnée en séance était alors celle-ci : « De quelle circulaire parlez-vous, je ne l’a connais pas ? Il n’y a pas de problèmes de places dans les écoles à Ganshoren ! (sic) »

Oui, parfois j’ai le sentiment que ma commune est oubliée… même par les siens.