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Zone de Police – Ganshoren ne veut plus payer pour Molenbeek

Zone de police : Ganshoren ne veut plus payer pour Molenbeek

Le Soir Bruxelles – 10 jan. 2019

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L’échevin des finances, Stéphane Obeid, lâche un « coup de gueule » : la petite commune « surfinance » la zone de police Ouest, avec peu de retour sur investissement. Cela suffit ! Il veut une nouvelle clé de répartition.

J ’en ai marre qu’on finance la zone de police pour Molenbeek. » Fraîchement en poste depuis un mois, le premier échevin en charge des finances et du budget de Ganshoren a sorti sa calculette. Et à l’heure où le ministre de l’Intérieur Pieter De Crem (CD&V) relance le débat sur la fusion des zones de police bruxelloises, Stéphane Obeid (LB/MR) veut enclencher celui sur le financement. Note détaillée à l’appui.

Sa commune consacre 19,7 % de ses dépenses à la zone de police de Bruxelles-Ouest, quand les autres communes partenaires y dédient une partie moindre de leur budget ordinaire : 13,8 % pour Molenbeek-Saint-Jean et Jette, 14,9 % pour Koekelberg et 15 % pour Berchem-Sainte-Agathe. « Cela fait vingt ans que Ganshoren surfinance la zone , martèle l’échevin. Avec peu de retour sur investissement : moins de policiers, pas d’agents après 17 heures, quinze caméras de surveillance contre 47 à Koekelberg, un commissariat vétuste plein d’amiante… »

17 euros de plus

par personne

Datant de la fin des années 1990, une telle répartition est le fruit d’un complexe calcul appelé la norme KUL, du nom de l’université. Depuis lors est apparu un arrêté royal à la date du 7 avril 2005 qui prévoit la pondération de cette norme KUL de deux facteurs, à savoir le revenu imposable moyen par habitant de la commune et le revenu cadastral au sein de la commune. « La norme n’a jamais été pondérée , observe Stéphane Obeid. On ne respecte pas l’arrêté royal. »

Mais ce pour quoi plaide l’échevin, c’est le premier pan de cet arrêté : une clé de répartition déterminée d’un commun accord entre les communes, selon leurs desiderata et leurs propres éléments de mesures. « Et le poids démographique me semble être un bon critère , souligne-t-il. Il y a une explosion démographique (de 7,72 % de 2012 à 2017) à Berchem-Sainte-Agathe et ils paient moins que nous. »

« Parent pauvre » de sa zone, Ganshoren dépense ainsi, depuis 2012, 630.000 euros de plus en moyenne que Berchem-Sainte-Agathe, alors que les deux communes comptent 24.000 habitants. Ainsi, en 2017, chaque Ganshorenois a déboursé 186,42 euros pour la zone de police 5340 alors qu’un Jettois a payé 169,50 euros, par exemple, selon les chiffres de l’échevin libéral.

Bref, « les Ganshorenois n’ont pas à financer une politique de sécurité qui ne les concerne pas », souligne Stéphane Obeid, un œil vers sa voisine du sud, Molenbeek, où la nuit du Nouvel An a été émaillée de faits violents. Alors, mardi, le collège de Ganshoren a décidé de mandater son bourgmestre et son premier échevin pour « négocier un financement juste et équilibré au travers d’une nouvelle clé de répartition au sein du collège de police » . Hier matin, Pierre Kompany a donc fait part aux autres bourgmestres de la zone de police Ouest de ce « coup de gueule » .

Un « Molenbeek 2 » ?

Pour les autorités locales, il y a urgence. Après une hausse de 1998 à 2008 et un « gros pic » de 2008 à 2013, la criminalité a connu une accalmie depuis 2013 sur le territoire communal, reconnaît le premier échevin ganshorenois. « Mais il y a une explosion des ventes de drogue ainsi que des cambriolages, des car-jackings et des vols avec violence , déclare Stéphane Obeid. Si on ne se donne pas les moyens, on aura un Molenbeek 2. On a eu récemment trois voitures incendiées près des grandes tours de logements sociaux, ce que l’on n’avait jamais eu avant. Si on n’investit pas maintenant, on devra avoir une police de réaction, comme à Molenbeek. »

De son côté, Catherine Moureaux (PS) a regretté mardi soir un financement fédéral trop faible de la zone. Calculé sur base de normes établies lorsque Molenbeek comptait 50.000 habitants de moins, ce montant s’élevait à 60 euros par habitant pour sa commune, contre 96 euros par habitant pour la moyenne belge. Pour la bourgmestre socialiste, cette somme doit être revue à la hausse. « C’est ma première priorité » , a-t-elle insisté au cours d’un entretien avec une équipe de l’émission Terzake diffusé mardi soir par la VRT. Catherine Moureaux souhaite rencontrer le ministre De Crem à ce propos.

« Si elle veut plus d’équité, que M me Moureaux commence déjà dans sa zone, plutôt que de défendre la partie fédérale » , a réagi Stéphane Obeid.

Nous avons tenté hier en vain de joindre Catherine Moureaux, qui est aussi la bourgmestre-présidente du collège de police de la zone Bruxelles-Ouest, pour un commentaire sur la position de l’échevin ganshorenois.

En tout cas, le collège de Ganshoren a chargé son service des finances d’étudier l’impact en termes de dotation pour la commune de Ganshoren en cas de recours à l’article 3 de l’arrêté royal du 7 avril 2005, celui-là même qui prévoit une norme KUL pondérée. Au cas où les cinq communes de la zone 5340 ne parviendraient pas à s’entendre… Car une chose est sûre : « Je ne signerai pas pour la répartition actuelle » , a affirmé l’échevin des finances.

SOPHIE MIGNON

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